Philippe Perrin – Stairway to Hell

Exposition du 18 avril au 16 juin 2012 ; entrée libre
Vernissage le samedi 14 avril 2012 à partir de 18h
Ouvert le mercredi, le vendredi, le samedi de 15h à 19h et sur rendez-vous
Galerie Barnoud, 27 rue Berlier, 21000 Dijon

Philippe Perrin, Stairway to Hell, carton

L’exposition Stairway to Hell présente une sélection d’œuvres récentes de l’artiste Philippe Perrin.

Extrait du texte Perrin jette l’éponge de Nicolas Bourriaud, 1990 :

« La performance est le symbole nouveau de la souveraineté, dans un univers où « chacun sera célèbre pendant un quart d’heure », comme le prophétisait Warhol. Du « Guiness Book » au classement annuel des grandes fortunes, du saut à l’élastique aux enchères-record, la performance fait loi. Elle est aujourd’hui la seule possibilité d’accéder à la visibilité. Et pour qu’une œuvre d’art accède à l’intelligible, elle doit, de plus en plus, constituer une performance.

Philippe Perrin, dont « les disques d’or », la banderole « Philippe Perrin » traînée par un avion le soir de son vernissage à Sète, le diplôme décerné par le Musée de Moscou, les affiches annonçant son «  combat » à l’ELAC, s’inscrivent dans une stratégie d’autopromotion qui grille délibérément les étapes, manipule les signes de la célébrité comme matériau, sans tabous. Ce n’est pas un hasard s’il revendique la figure tutélaire d’Arthur Cravan, poète dada avant l’heure, boxeur, agitateur, alcoolique et mégalomane : comme Cravan, Perrin assume sa non-spécialisation, son statut impur de performer. Supporté par de grandes marques (GVG Sport/Cerruti 1881), il pose le sponsoring sportif comme une métaphore de l’opération artistique, qui rend visible un produit par l’entremise d’un corps médiatisé.

Ainsi le corps de Philippe Perrin est-il livré aux caméras, aux appareils photo, aux regards qui enregistrent et décodent le visible plus qu’ils ne le contemplent. À l’inverse des fonctions traditionnelles du « corps de l’artiste », celui de Perrin ne donne rien, il reçoit les éléments de l’extérieur : accessoires, décors, publicités. Il est façonné par son environnement comme l’est celui d’un acteur, d’un sportif ou d’un cambrioleur en action.

L’ambiguïté du travail de Perrin réside d’ailleurs dans ce balancement entre le podium et les basfonds, entre les signes de la lumière – le visible – et ceux de l’ombre – l’interlope. Ainsi l’art équivaut à une action louche, une belote entre truands. Et si la figure du boxeur est intermédiaire entre ces deux mondes, celle de l’artiste l’est tout autant : Perrin est de ceux qui trafiquent leur passeport, contrebandent leurs marchandises, et impriment de la fausse monnaie. Il va même jusqu’à prétendre avoir rencontré Arthur Cravan dans un TGV, ou correspondre avec Pablo Escobar, le caïd de la cocaïne.

Philippe Perrin, My Speedway, 1995, photographie noir et blanc, 160 x 110 cm, 3 ex.En tout cas, Perrin est un manipulateur de signes, court-circuitant le rapport d’échelle entre la réalité et la fiction, la biographie réelle et la célébrité jouée. Refusant le rôle (et la panoplie) de l’artiste, il peut endosser toutes les autres. Ses procédés de productions sont d’ailleurs proches de ceux du cinéma : réalisateur-interprète de sa « vie d’artiste », il travaille avec un cameraman, des accessoires, des figurants. Son travail sur l’image, qu’on pourrait qualifier de narcissique, s’il n’impliquait pas un total dérèglement de l’image de soi, s’accompagne de quelques trophées en négatif, résidus visuels : les « panoplies », comme les gris-gris promo de « Batman », indiquent la présence d’un corps par les attributs qui le prolongent. D’un côté, l’affirmation du corps glorieux de l’artiste par l’image (les affiches, l’« hommage à Arthur Cravan »), de l’autre, les objets qui attestent qu’il s’est retiré, et désignent son absence.

Attentif à l’édification de sa légende, qui constitue l’objectif ultime de l’œuvre, Philippe Perrin est l’héritier – indigne – « des poètes de leur vie » qu’ont été Arthur Cravan, Yves Klein (« un peintre doit peindre un seul chef d’œuvre, lui-même, constamment ») ou Marcel Duchamp, qui déclarait « mener une vie de garçon de café ». »

Durant l’exposition et dans le cadre du festival One+One, présentation par la galerie Barnoud d’un concert du groupe « I Apologize » de Jean-Luc Verna, samedi 5 mai, à 19h, à la Ferronnerie (2 rue Auguste Comte, à Dijon).