Les artistes

Jean-Luc VERNA

Né en 1966, vit à Paris

« En perpétuel aller-retour entre l’extinction et l’éblouissement, Jean-Luc Verna détourne la vie pour dire la vie. Il y a des étoiles assassines. Certaines sont plantées dans le mur de son studio, tranchantes armes japonaises. En constellation menaçante, vif-argent, elles répondent aux étoiles tatouées sur son corps. Ouvrant soudain les bras en croix, dans une révérence, Jean-Luc Verna risque une explication : « Les étoiles, je n’ai jamais su pourquoi je les aimais tant… Peut-être parce que ça représente l’homme ». Elles dégringolent ici de partout, entre un tas de crânes oranges ou roses et des photos de Siouxsie, sa quotidienne idole : « Ici, c’est ma matrice : surchargée de signes ». Ici, le jardin de la villa Arson, l’école et centre d’art de Nice où ce doux punk est devenu artiste atypique et professeur « très directif » : prônant le dessin comme « acte érotique », l’usage d’accessoires du type houlahop et donnant tous ses cours sur fond de rock hurlant. Qui s’est affronté à son visage piercé, quasi irréel, à son regard transpercé parfois d’une lentille en spirale connait son sens de la mise en scène. « Je ne sors jamais sans rien, toujours légèrement customisé. Avec le corps, tu peux être tout : le vent, un pays. Tout. Tant pis si certains ne retiennent que cette « superbe qualité d’étrangeté ». Une grâce de danseur classique, des mimiques irrésistibles : c’est à ce « corps de tank », offert, affolant et fragile, que Brice Dellsperger a demandé de réincarner tous les personnages (hommes et femmes) de son remake de L’important c’est d’aimer, projeté à Beaubourg mais aussi à Nice. Un corps « revenu de très loin », toujours menacé mais aujourd’hui « retapé », et capable de tous les mimétismes.

Parce que « toutes les scènes doivent être rejouées », parce que plane la menace de la disparition, Verna travaille dans ses dessins sur « tous ces motifs qui appartiennent au chantier de l’art contemporain : faunes, fées, chanteuses, Satan et chimères, narration, poésie. Des maladies honteuses, que j’exhume, éclaire, farde, pour leur faire jouer une dernière scène. Même en train de mourir, ces choses disent toujours quelque chose sur l’humanité ». Il y a des étoiles assassines, comme ces strass plantés dans le mur qui parsèment son dessin à l’exposition Au-delà du spectacle : un simple coucher de soleil montagnard, générique de la Paramount devenu Paramor ; un The End pour signer cette fin qu’offre parfois l’amour.

« Je passe mon temps à tuer mes dessins. Je n’ai pas envie de dire : « regarde comment je te l’ai torché celui-là, quelle superbe habileté ! ». Alors je le calque, photocopie, transfère, je tue la vivacité du trait. Reste une macule pourrie, un tatoo émoussé ». Une fin de partie, toujours rejouée. Enfoncé dans le mur, Paramor flotte, malade, en suspens, fantôme de lignes baveuses. Les contours s’estompent, vacillent, s’évanouissent ; mais toujours renaissent. Il y a des étoiles mortes, dont continue à voyager la lumière ».Emmanuelle Lequeux, ADEN N°145 (du 3 au 9 janvier 2001).

Lionel SCOCCIMARO

Né en 1973, vit à Marseille « Stables et branlantes à la fois, les sculptures de Lionel Scoccimaro, jeune artiste marseillais, n’en sont pas à une contradiction près. Leurs courbes parfaites et mastoques, fines et rondouillardes en font certes des objets de désir, puisqu’aussi bien elles sont la réplique inexacte et agrandie de la silhouette bien connu de jouets un peu vieillots : un culbutot mêlé à une quille. Mais cette drôle d’attraction, qu’elles exercent, un peu foraine, un peu régressive, vire autrement plus pop et plus méchamment racoleuse dès lors que leurs couleurs sautent aux yeux. Directement empruntées à la palette des customs, du surf ou du rock, entre autres sections de la sous-culture américaine, ces jaunes brillantissimes, ces rouges flashants ou ces verts pomme teintent les vrais-faux culbuto d’un ton plus grinçant. Voilà la nature particulière de cette œuvre : hybride, elle hésite entre des univers ultravoyants, suragités et radicaux, ceux des sports ou des musiques undergrounds, volontiers contestaires des normes politiques et sociales établies, mais bascule aussi en même temps dans d’autres histoires : douces et enfantines et plus encore esthétiques et plastique. .. Reste la nature à la fois quasi communautaire et irrémédiablement individuelle, de ces sculptures, dont chaque exemplaire possède ces propres couleurs, mais partagent avec les autres la même forme évasée. Sans régler, bien au contraire, l’ambiguïté de ce statut, entre la série et l’œuvre unique, l’artiste marseillais la maintient nettement en déclinant deux types de présentation : ou bien les culbutos s’épaississent jusqu’à prendre une bonne taille monumentale, ou bien ils se font plus discrets et s’alignent alors en groupe, sur une étagère et parodient comiquement les modes de présentation institués par la société de consommation. Vrais objets de désirs, séduisants, intrigants, bardés des couleurs de la frime et de sous-groupes culturels, moulés dans les formes innocentes de l’enfance, ils s’imposent finalement comme des miroirs déformants des pulsions contemporaines : celles qui font basculer chacun vers les mondes enchantés de l’enfance, avant qu’un sauvage désir de transgression ne fasse pencher la balance du côté obscur et sauvage de chacun.

VASSIL AJAC

Vit à Reims

Le corpse paint, parfois appelé « maquillage macabre », a pour rôle de déshumaniser le musicien, en tout cas de l’exclure de tout contexte social. Le Black Metal est un art misanthropique et doit donc créer son propre espace. Les émotions exprimées prennent ainsi une dimension particulière : hors de la réalité ordinaire, parfois idéalisées comme dans certains tableaux baroques ou religieux. Dans cette série d’images, les regards ne s’adressent jamais à une autre personne ; ce que contemplent les musiciens, c’est l’expérience qu’ils vivent à l’intérieur d’eux-mêmes

PATRICE FERRASSE

Vit à Migennes Poésies analogiques (À propos de Patrice Ferrasse) (…) La seule justification de l’existence de l’art, du moins pour ceux qui sont sensibles à la nécessité de cette existence, se situe de ce côté-là, qu’on l’appelle « grâce » ou « poésie », à condition naturellement de ne pas donner à ces mots une tonalité nunuche ou désuète. L’image la plus appropriée pour la définir, on la trouve chez Lautréamont : c’est la désormais fameuse rencontre d’une machine à coudre placée sur une table de dissection. On pourrait certainement trouver d’autres exemples fondés sur des associations de ce type (Bertrand Lavier en a décliné quantité), mais puisqu’il m’est donné de dire un mot des œuvres de Patrice Ferrasse, me vient immédiatement à l’esprit sa photo d’une tête écorchée et sanglante d’un lapin piquée sur une fourchette placée à hauteur de son visage donnant l’illusion d’un seul et même regard d’une étrangeté inquiétante (Kaninchen). Cette greffe visuelle n’est pas un produit de l’imagination, mais de l’observation. La « poésie analogique » qui pourrait la définir suppose une forme de modestie face au réel. Cette modestie n’est pas incompatible avec l’invention : souvenons-nous de Charlot piquant lui de deux fourchettes deux petits pains instantanément évocateurs de chaussures miniatures ou de chaussons que sa virtuosité à faire danser rendent plus vrais que nature. Chez Patrice Ferrasse l’analogie est plus directe mais le procédé est le même. Il s’agit de montrer que la chose est déjà là en l’accentuant : c’est ce visage (Patrice Ferrasse lui-même) recouvert de mousse à raser, toutes dents dehors, et portant des lunettes noires, figurant une tête de mort très carnavalesque (Vanitas). Cette accentuation est le « poien » même, la part de travail dans l’œuvre, laquelle ne saurait se réduire à la trouvaille, ou du moins, si tel est le cas, permet de voir le monde d’un autre œil. Celui du lapin et simultanément de l’artiste, étant entendu, bien sûr, comme le disait Alexandre Vialatte, que l’art « est le folklore d’un pays qui n’existe pas ». Et cependant irréfutable. Cette exposition A cappella en est la preuve jalonnée de « poésies analogiques » comme autant de cailloux blancs pour ne pas s’y perdre. (Arnaud Labelle-Rojoux)

SOPHIE HASSLAUER

Née en 1971, vit à Val de Vesle « La pratique de Sophie Hasslauer est motivée par une envie insatiable de repositionner notre regard par rapport au monde des objets. Qu’ils soient issus du quotidien, de la culture populaire et sérielle, elle manipule leurs essences et leurs fonctions. Les évidences sont testées et éprouvées. Son travail plastique repose sur la perception, les situations et les déviations visuelles. Elle s’attache à chaque facette du monde vécu pour en extraire les contradictions, les oublis et les absurdités. L’artiste fait surgir des matériaux et des objets un discours critique et ironique. Sa triple formation, à la fois en histoire de l’art, en arts plastiques et en architecture, lui donne la possibilité de réfléchir non seulement sur ce qu’elle voit, mais aussi d’inscrire les objets dans une histoire des formes et un système marchand compulsif. Sur un mode humoristique et satirique, elle s’attaque aux aberrations de notre société qui s’éloigne chaque jour un peu plus de l’essentiel…Sophie Hasslauer propose une critique plastique placée sur un mode ironique et malicieux. Elle opère à des jeux de mots, des associations visuelles et matérielles surprenantes qui sont toujours vecteurs de positions radicales, anticonformistes et franches. Derrière l’apparent humour s’immisce une puissante critique du monde de l’art (de l’œuvre comme valeur marchande) et de la société de consommation déshumanisante et annihilatrice. (…) Sophie Hasslauer est une artiste profondément ancrée dans le monde contemporain, immédiat et actuel. Elle se plaît à déchiffrer le langage et les codes du réel. Une réalité qu’elle détourne pour façonner une prise de conscience collective. Son œuvre est réactive, critique et politique. Elle croise et superpose les modes de lecture, les références qui traditionnellement sont séparées. Les matériaux et objets détournés sont familiers, le spectateur n’est pas perdu dans un discours qui soit éloigné de sa propre réalité. Face aux œuvres d’Hasslauer, une relation de partage, d’entente et de connivence s’active entre le spectateur et l’artiste. Elle réussit par conséquent à extraire l’art contemporain d’une bulle élitiste et opaque. Le langage plastique choisi annule toute barrière entre l’art et le monde réel. Ils sont ici imbriqués et analysés par l’artiste qui produit ainsi une critique pertinente sur les dérives de notre société. »Julie Crenn

RÉMI TAMAIN

Vit à Dijon « Rémi Tamain appartient à cette génération d’artistes qui s’amusent des échos référentiels de l’histoire de l’art et des œuvres promues au rang d’icône et reconnaissable par tous. Ses références s’articulent depuis une « histoire » culturelle globale comme des clichés de classe sociale, d’être ou ne pas être d’un sérail que tout sépare. Même si il joue de ces codes culturels, de ces va-et-vient, il s’attache davantage à des objets ou des productions comme des cabines de bains fin de siècle, ou l’idée de jardins à la française où Alice s’égare, plutôt qu’à des œuvres picturales en tant que telles. Depuis des situations décalées liées à sa propre origine et condition sociales, Rémi Tamain élabore un ensemble d’objets, de photographies, de sculptures, et constitue à chaque production, un élément supplémentaire de son vocabulaire et d’une syntaxe personnelle. C’est ce frottement des origines avec sa pratique artistique qui constitue à cet instant la source de son imaginaire et produit un sourire, un rire débarrassé de sa graisse. Ici, aucune incongruité, mais l’appui d’un humour élégant qui jalonne toute son œuvre. L’aspect a priori ludoéducatif des travaux de Rémi Tamain recèle parfois un regard chargé d’une humeur noire et d’une nostalgie poétique, mais dont la politesse de l’humour esquive le pathos. Langueur dont certains pairs contemporains de Rémi Tamain forment un ensemble, d’Erwin Wurm à Philippe Ramette ou plus anciens, comme Buster Keaton et Jacques Tati. Il y a donc chez Rémi Tamain une phénoménologie du contreplaqué, matériau qui à l’instant de ses lignes apparaît comme une structure manufacturée exsangue de nodosités, et récurant pour la réalisation de ses travaux de sculptures. Toutefois, il semble que le narratif ne soit pas absent de son œuvre. Ainsi, les titres qu’il indique pour sespièces proposent une sorte de conte par le biais de cadavres exquis que construit le regardeur ». Gilles Forest

LORRAINE ALEXANDRE

Née en 1982, vit à Paris Artiste plasticienne et théoricienne de l’art. Docteur en art et sciences de l’art, arts plastiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Auteur du livre « Les Enjeux du portrait en art » (2011 chez L’Harmattan) et de nombreuses publications collectives. « Mon travail de plasticienne se joue des modes de mise en scène et de réappropriations formelles du corps .Ma pratique débute par l’observation d’un corps soumis aux codes socioculturels qui déterminent ses gestuelles, ses toilettes, ses rapports humains… et que je qualifie de Mascarade sociale. Ce concept, libre de toute considération morale, souligne le constat d’un corps construit et déterminé par une culture, refoulant ses instincts, un corps qui se voit ainsi théâtralisé. Un constat dont je me nourris pour développer un travail sur les possibilités et les libertés formelles du corps devenu scène de théâtre, support vivant, médium de la création dont il est lui-même l’objet, le sujet… Pour souligner cette faculté du corps à devenir objet d’art, je fais régulièrement appel à des modèles artistes du spectacle : comédiens, transformistes, Drag Queens, acrobates, danseurs, mais aussi des personnes tatouées et percées… Et, de plus en plus souvent ces dernières années, je deviens mon propre modèle pour m’investir en profondeur et devenir plus que créatrice, véhicule même de mon art. »

CHRISTIAN NICOLAS

Christian Nicolas, 1968, vit et travaille à Strasbourg.

« Dans mon travail, le corps est ce lieu où l’identité est à la fois située, représentée et remise en question. Je considère aussi que le corps est ce lieu perméable qui pénètre et est pénétré par l’espace social. En fonction de ce qui est considéré comme acceptable ou pas (par moi), je donne à voir dans mes vidéos qui je suis ou pourrais être, toujours conscient des barrières sociales qui cadrent habituellement le comportement humain. Mon travail vidéo traite de ce fait des questions de pouvoir, de contrôle et d’intimité quant à la liberté que l’on peut prendre avec son corps. J’essaie ainsi et aussi de remettre en question la position morale du spectateur qui cherche ou non à s’identifier, j’explore mes limites mais aussi celles des autres. Des limites qu’il faut chez moi considérer comme une frontière, celle qui sépare et rapproche l’art et le public, l’art et la vie. Une frontière que je prends un malin plaisir à remettre en cause, continuellement. »

Vidéaste et performeur, Christian Nicolas puise dans les épisodes de sa vie révélée les éléments d’un travail épouvantablement subjectif. Ses vidéos sont traversées par des conflits déclarés entre réalité et imaginaire. Il offre une vision récalcitrante du « dedans », avec toujours cette porte entre ouverte sur l’interne nécessité de dire et raconter. Belles et inquiétantes, ses images interrogent la face cachée de l’être.

SABIEN WITTEMAN

« Plus qu’avec le Pop’ Art américain, ne faudra-t-il pas faire un jour en France, l’évaluation de l’impact de la Figuration narrative sur les expressions les plus récentes des arts plastiques ? La persistance avec laquelle de jeunes artistes s’obstinent à se saisir d’une peinture combinant des images issues de la réalité est probablement plus importante que les approches critiques actuelles qui balisent l’art contemporain avec les critères exclusifs de la nouveauté des démarches et des moyens employés. Cependant à l’analyse, plus d’un artiste pourrait se révéler dans une filiation incontestable avec ces peintres qui partagèrent dans les années 1960 le territoire de l’image, jusqu’alors exclusivement réservé à la peinture, avec la photographie et le cinéma. On pense en particulier à Bernard Rancillac, Jacques Monory, Erró, Gérard Fromanger, entre autres… Comme eux, Sabien Witteman construit son propos à partir des photographies qu’elle prend puis qu’elle mêle à un inventaire d’objets banals et de citations choisies dans nos références culturelles contemporaines. Dans sa pratique, comme dans celle du collage, la collusion est à l’évidence le moyen le plus efficace de provoquer une tension dans l’image et d’aiguiser ainsi son regard critique, ironique et souvent acerbe, sur les hommes de pouvoir du monde économique dont elle fait le portrait. Aux représentants policés de la classe dirigeante, elle adjoint un irrévérencieux nez de Pinocchio ou un plumet sur le crâne qui décrédibilise à tout jamais la posture, voire l’imposture, de ces personnages. Ailleurs, par une mâchoire extensive, peut-être celle du monstre d’Alien, elle nous désigne la voracité du monde des affaires. La césure des cadrages, les fonds violemment colorés, les formats étirés contribuent plastiquement aussi à transformer ces personnes, plus ou moins maltraitées dans le pointage de leurs faiblesses, en marionnettes pitoyables prisonnières d’un castelet pictural. Mais ne sont-ce pas les encres qui en réalité portent par la fulgurance de leurs traits les attaques les plus cinglantes, au sens d’un trait décoché sur une cible par une arbalète ? Jacques PY, 24 janvier 2013.

NADINE MONNIN

Vit à Troyes Nadine Monnin procède par retrait, peu de matière (au sens de matérialité), peu d’effets, peu de pathos plastique, pas d’artifice, « less is more », l’épure pas l’étalage, aller à l’essentiel pour approcher la vérité, sa vérité… ce qui n’exclut pas une certaine violence, une rage dissimulée derrière l’humilité d’autant plus déstabilisante qu’elle se refuse tout débordement spectaculaire et tout effet de signature ostentatoire ! Elle « travaille à l’économie », économie de moyens par nécessité matérielle autant que nécessité intérieure ; pas de surenchère technique, pas de démonstration esthétique, l’artiste procède par effacement, tantôt la matière, tantôt le sujet s’effacent éliminant le superflu dans une quête irrésolue d’absolu… Quand elle peint, elle choisit le papier comme support (de même pour la photographie) pour sa légèreté, sa fragilité et sa discrétion aussi ; les couleurs sont diluées, appliquées en fines couches graciles, pas d’empâtements ni d’effets de matières ici, comme si il s’agissait d’effacer la trace du geste du peintre au profit du sujet pictural ; absence de l’ « auteur » et présence peinte : visages anecdotiques, objets guerriers, poissons morts ponctuant des effluves de couleurs aphones :elle dit aimer avant tout la nature contemplative de la peinture. Quand elle photographie les « choses » qui viennent à elle, elle n’utilise pas d’appareil ni d’objectifs sophistiqués, la technique se veut rudimentaire, simplement objective ; la photographie est une trace qui ne cherche pas obstinément à faire IMAGE, l’appareil photo ne fait qu’enregistrer une rencontre poétique entre l’artiste et le réel. Au-delà du visible et du dicible, quand la peinture ou la représentation photographique s’épuisent, pointe à peine étouffée l’angoisse de l’existence ; esthétique de la disparition ? « J’aime coller le mot à la chose » dit-elle… Là où elle conçoit la peinture comme une activité de la main plus humaine, la photographie – activité mécanique – rencontre plus frontalement la mort, ou du moins la perte ou l’absence de l’humain ; Là où le peintre cherche un sujet à représenter pour donner corps à la quête picturale, c’est le sujet, comme une évidence, qui s’impose au photographe, le sujet réel, dans toute sa brutalité (et sa beauté aussi) nous regarde et nous rappelle à notre condition : cimetières, pierres tombales, abattoirs, testicules de mouton… Sans romantisme maniéré, de peur de se prendre au sérieux, Nadine Monnin prétend butiner alors qu’elle fonctionne par séries obsessionnelles déclinées jusqu’à l’épuisement…

ALEXANDRE BRETON

Alexandre Breton est journaliste et producteur à France Culture. Figure majeure et fascinante de l’underground new-yorkais, Alan Vega a marqué profondément l’histoire du rock’n’roll, avec son groupe Suicide ou en solo, autant que le champ des arts plastiques, par ses installations lumineuses. De la sculpture à l’expérimentation sonore, de l’activité politique engagée aux courses hippiques, d’Elvis aux figures du Christ, de Spinoza à la judéité, Alan Vega, conversation avec un indien est une incursion dans l’œuvre foisonnante de l’artiste ; une lecture nomade, urbaine, poétique et polyphonique, scandée par les voix d’Agnès B, Bob Gruen, Pascal Comelade, Dirty Beaches, Marc Hurtado, Perkin Barnes, Christophe, Martin Rev… .

PATRICK EUDELINE

C’est certainement le plus rock’n’roll des écrivains français actuels. C’est aussi un dandy à Ray-Bans, à chemise à jabot, en costume anthracite qui, depuis des lustres, hante les soirées parisiennes de sa silhouette chaloupée. Patrick Eudeline a une démarche de loup. Ou de lion. Selon ses humeurs ; selon le temps. Il a commencé à la revue de rock, Best, 23, rue d’Antin, Paris (II), sixième étage, s’arrêter au cinquième, puis monter l’escalier recouvert d’une moquette incarnat, si mes souvenirs sont bons. Nous pourrions être en mai 1977.Le regretté Christian Lebrun, rédacteur en chef, dans son bureau demande à Eudeline quand il va rendre son papier. La ponctualité n’était, alors, pas la qualité cardinale du Patrick. Christian se retient d’élever le ton. Il sait bien qu’Eudeline est fort occupé par son groupe de rock, Asphalt Jungle ; en bon rédacteur en chef, il sait déjà qu’avant d’être un rock-critic éclairé, un journaliste étonnant, l’Eudeline est un écrivain. Un type qui, lorsqu’il parle de Johnny Thunders, des Sex Pistols ou de Keith Richards est capable de citer Joris-Karl Huysmans ou Jules Barbey d’Aurevilly. Christian est mort, noyé accidentellement sur une plage de Granville, le 14juillet1989 (cet éminent républicain, homme de gauche authentique, méritait bien ce symbole-là). Patrick Eudeline a continué la critique rock, la musique ; il a beaucoup chanté, et a écrit des paroles de chansons. Et, il fallait s’y attendre, il est devenu romancier, avec, notamment Ce siècle aura ta peau (Florent Massot, 1997 ; J’ai lu, 2002), Dansons sous les bombes (Grasset, 2002), et surtout, l’excellent Rue des Martyrs (Grasset, 2009). La fiction lui va bien au teint.

PHILIPPE LACOCHE

TORO PISCINE (Dijon) 21h

La rencontre d’un auteur compositeur interprète – Stéphane Mulet – et d’un musicien électronisciste – Nicolas Thirion, également directeur artistique de Why Note, centre de création des nouvelles écritures du sonore à Dijon. Toro Piscine cherche une nouvelle voie loin des sentiers balisés de la « chanson française » dans laquelle les textes – entre surréalisme et poésie du quotidien – et les musiques organiques et sensuelles de Stéphane Mulet sont mis en espace et mêlés à des matières, saturées ou cristallines, minérales ou éthérées. Les pieds dans le béton et la tête dans le brouillard.

Sur scène, Toro Piscine, c’est Stéphane Mulet à la voix et aux guitares & Nicolas Thirion aux claviers

MADMOIZEL (Toulouse)

MADmoizel est une artiste Expressionist Synth. Influencée par D. Bowie, L. Anderson, K. Bush, N. Hagen, New Order, MADmoizel mixe des beat 80’s sur ses machines électroniques, joue du synthétiseur et chante comme une Diva-Punk. Seule sur scène, elle a joué en Europe et en France (Berlin, Genève, Bruxelles, Amsterdam, Madrid, Tilburg mais aussi à Rennes, Nantes, Marseille, Grenoble, Toulouse…) dans différents types d’évènements : Soirées Queer, Club Underground – New-Wave, et dans des galeries d’art contemporain. A ce jour elle a 2 albums à son actif enregistrés en Allemagne (Hanover) : « Dame de France » en Juin 2010 et « Lady Dandy » en Juin 2012. « Avec Lady Dandy MADmoizel nous ouvre les portes de son théâtre underground, glauque, inquiétant, à l’éclairage glacial nous attirant de manière irrésistible. (…) L’actrice principale utilise chaque morceau comme un acte de la pièce qui se joue sous nos oreilles, faisant correspondre de manière magistrale les mises en scènes aux étapes de l’histoire qui nous est contée. Pour servir la narration, elle manipule avec brio les outils synthétiques au point d’humaniser son électronique pourtant bien frontale et très tranchée. » (Les Sons Cosmochroniques)

BUNKTILT (Lyon)

C’est en « diggant » les vinyles que le groupe tombe sur un disque original des Stooges : Fun House…. Il n’en fallait pas moins au « Power trio » ex M’sphere déjà rock dans son jazz pour tracer définitivement dans la voie punk qui sous-tendait leurs compositions…Le nouveau son « Bunktilt » suit le mythique groupe des années 70 en revisitant les monuments : I wanna be your dog, Penetration, I will fall, Dirt…pour en donner de nouvelles adaptations véritables hymnes à la transe et la folie…

ELVIS PRESS PLAY (Dijon)

Elvis PressPlay, rutilant comme un Wurlitzer en sortie de fabrique, sait tout du rock’n’roll à papa ; enfin, c’est lui qui le dit…On nous raconte ici qu’il danse le Jitterbug mieux que le fantôme de Jittery Jack lui-même ; on nous dit ailleurs qu’il collectionne les peignes ayant appartenu à Buddy Holly, qu’il a échangé son âme avec le diable en échange de la petite culotte de Wanda Jackson, et même qu’il a réalisé des répliques miniatures de Graceland et du Grand Ole Opry à l’aide de croûtes de fromage et de miettes de pain rassis…Où se trouve la vérité ? Où commence le mythe ? Ce qui est sûr, c’est qu’il ne fait prendre l’air à ses 45 tours qu’une seule fois par an lors d’un selector endiablé au déhanché graisseux et au groove salace…Il faut dire que ces pépites microsillonées sont enfermées avec les dernières mèches du King (gagnées un soir au poker contre Alan Vega), une poignée de rognures d’ongles du pied droit de Mick Jagger (authentifiées par Jean-Luc Godard himself), et la casquette de Judah Bauer, bien au chaud dans un coffre-fort planqué quelque part entre Mâcheville (Ardèche) et Saint-Prosper-De-Dorchester (Beauce), le tout surveillé huit jours par semaine, 24h sur 24, par le sosie du Big Bopper. Une fois par an. Seulement une fois par an. Et cette année, ça tombe un dimanche : si ça c’est pas un signe que le dieu du Rock existe, alors je sais pas ce que c’est !