Les artistes

LIONEL « FOX » MAGAL

Lionel « Fox » Magal à New York en 1978 (photo Catherine Faux)

Au XVIème siècle en Europe, dans la mouvance humaniste, les lettrés multiplient les voyages. La vogue du liber amicorum se répand : les voyageurs recueillent dans un album les dessins, pensées, autographes de gens illustres ou non qu’ils pouvaient rencontrer, peintres, musiciens et autres voyageurs. Durant les années soixante et soixante-dix, dans la tradition beatnik et hippie, une partie de la jeunesse occidentale part sur les routes et expérimente des modes de vie nouveaux. Lionel Magal, dit Fox, cofondateur du groupe psychédélique Crium Delirium, est de ceux-là, de ces baby-boomers déjantés, de ces bohémiens itinérants du rock. Il présente ici son livre d’amitié à lui, ou, dit autrement, le carnet de route de ses aventures psychédéliques, qu’il a entièrement réalisé (textes + collages). De 1969 à nos jours, on y retrouve la trace de toutes ses facéties artistiques et festives (le théâtre-action, le journal Actuel, le voyage à Katmandou, les affiches en sérigraphie des concerts, les manifs, les débuts de radio Nova…). On y croise aussi nombre d’artistes et de « freaks underground » (Jean-François Bizot bien sûr mais aussi Timothy Leary, Wavy Gravy, la Hog Farm Community, La Monte Young, Jonas Mekas, Moëbius, le Dalaï Lama…). Tout cela dans un joyeux montage graphique dont l’esprit sied bien à cette époque de grand délire.

LÉA LE BRICOMTE

Léa le Bricomte, Free Ride, série de balles augmentées 2011-2012. © Léa Le Bricomte et Galerie Lara Vincy.

Léa Le Bricomte ne ferait sans doute pas de mal à une mouche… mais elle a dans sa besace une armée d’escargots à son service, des plantes carnivores en cas de fringale, des balles de tout calibre, de la vaseline, du miel, des armes à feu, des uniformes et des galons, des obus, un tapis de menottes, un parachute doré… et autres trésors de guerre. Probablement capable de fabriquer une bombe dans sa cuisine, c’est pour l’instant, le champ de l’art qu’elle prend pour terrain de ses expériences qui sentent le souffre, la salade verte et la poudre à canon. Parmi les premiers petits soldats de son royaume expérimental, on trouve l’escargot. Cet inoffensif gastéropode, visqueux et invertébré, se glisse avec souplesse dans la plupart de ses performances, photographies, vidéos et installations.

Entre douceur et violence, Léa Le Bricomte manie sans cesse des objets dont la charge semble aussi érotique que la réputation explosive. Ses obus par exemple, sont remplis de miel : est-ce une allusion aux fluides sexuels ou au fait que les abeilles sont de bons soldats ? Une spirale de menottes en latex, des préservatifs usagés moulés dans du plomb ou des « Balles glissantes » faites à base de vaseline… chaque fois, le désir est le détonateur de cette œuvre fougueuse. (Anaïd Demir, texte issue du catalogue Postures / Impostures Science Po pour l’art contemporain 2011.)

RÉMI TAMAIN

Rémi Tamain, Rampe de billard, contreplaqué et tapis de billard sérigraphié, 2.70 x 1.67 x 1.00 m, 2005

Rémi Tamain appartient à cette génération d’artistes qui s’amusent des échos référentiels de l’histoire de l’art et des œuvres promues au rang d’icône et reconnaissable par tous. Ses références s’articulent depuis une « histoire » culturelle globale comme des clichés de classe sociale, d’être ou ne pas être d’un sérail que tout sépare. Même si il joue de ces codes culturels, de ces va-et-vient, il s’attache davantage à des objets ou des productions comme des cabines de bains fin de siècle, ou l’idée de jardins à la française où Alice s’égare, plutôt qu’à des œuvres picturales en tant que telles. Depuis des situations décalées liées à sa propre origine et condition sociales, Rémi Tamain élabore un ensemble d’objets, de photographies, de sculptures, et constitue à chaque production, un élément supplémentaire de son vocabulaire et d’une syntaxe personnelle. C’est ce frottement des origines avec sa pratique artistique qui constitue à cet instant la source de son imaginaire et produit un sourire, un rire débarrassé de sa graisse. Ici, aucune incongruité, mais l’appui d’un humour élégant qui jalonne toute son œuvre. L’aspect a priori ludoéducatif des travaux de Rémi Tamain recèle parfois un regard chargé d’une humeur noire et d’une nostalgie poétique, mais dont la politesse de l’humour esquive le pathos. Langueur dont certains pairs contemporains de Rémi Tamain forment un ensemble, d’Erwin Wurm à Philippe Ramette ou plus anciens, comme Buster Keaton et Jacques Tati. Il y a donc chez Rémi Tamain une phénoménologie du contreplaqué, matériau qui à l’instant de ses lignes apparaît comme une structure manufacturée exsangue de nodosités, et récurant pour la réalisation de ses travaux de sculptures. Toutefois, il semble que le narratif ne soit pas absent de son œuvre. Ainsi, les titres qu’il indique pour ses pièces proposent une sorte de conte par le biais de cadavres exquis que construit le regardeur. (Gilles Forest)

FRANCK PITOISET

Franck Pitoiset, A purple compulse, série de 9 photographies couleur, 2005

À travers la photographie et la vidéo, le travail de Franck Pitoiset gravite autour des notions de frontière et d’identité. Ses productions ont été exposées dans des lieux aussi variés que le musée des Abattoirs de Toulouse, le musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis ou encore le Centre culturel Franco-japonais de Paris. Il a aussi participé, entre autres, aux rencontres Traverse Vidéo à Toulouse, au festival vidéoforme de Clermont Ferrand, au prix « Ars Electronica » en Autriche et fut lauréat du Salon Mercosur Primo Juanito Laguna à Buenos Aires en 2001.

« Mon travail, explique Franck Pitoiset, est très instinctif et n’a de contemporain que ses médiums utilisés et non son essence. Il ne démontre aucune évidence, il ne dénonce rien, il est apolitique et n’est jamais achevé. Il tente, explore, observe et interprète. Lorsque je fais de la photo, en réalité, je peins. Lorsque je fais de la vidéo, en réalité je fais de la musique. Lorsque je fais de la musique, en réalité je fais des images invisibles. Le saisir, le sentir, c’est s’y reconnaitre. Mon travail est un art de la sensation et non du raisonnement. Il agit sur les frontières de toutes choses et mélange le réalisme et l’abstraction sur le plan des émotions universelles et est plus proche finalement du romantisme que de l’art électronique. Mon travail est border-line, obsessionnel et schizophrénique ; il est basé sur les sensations de décalage et d’inquiétante étrangeté. Je suis photographe et vidéaste. Mon travail débute toujours par une composition musicale. Celle-ci est toujours présente à mes oreilles lorsque je photographie ou je filme. Je n’utilise pas de story-board et n’ai pas de scénarii très développés. Juste un rythme, une ritournelle dans lesquels je me laisse glisser avec cette part instinctive qui me caractérise. J’utilise ma caméra et mon appareil photographique comme métaphore de l’œil humain en quête d’indice de la compréhension de soi. La notion de série dans mon travail photographique est très importante, elle me permet de donner l’illusion d’un éventuel scénario voire d’une sorte de story-board. Je sélectionne quelques photos de ces séries pour donner une impression d’histoire, une trame en quelque sorte, mais avec des éléments manquants pour que chacun puisse s’y fabriquer son propre scénario et aller dans d’autres directions. Parfois mon travail photographique emprunte les mêmes personnages que ceux de mes vidéos mais je les réutilise pour brouiller un peu plus les pistes. »

PIP CHODOROV

Pip Chodorov, Image extraite de Free radicals, 2012

Pip Chodorov est né à New York en 1965. Cinéaste et compositeur de musique, il a étudié la science cognitive à l’University of Rochester, New York, et la sémiologie du cinéma à l’Université de Paris III. Il a travaillé dans la distribution de films, à Orion Classics, NY, à UGC-DA, Paris, et à l’Association Light Cone, Paris. Il est aussi cofondateur de L’Abominable, laboratoire cinéma coopératif et artisanal pour le développement et tirage de films, “faites-le vous-même”, à Paris. Il a également créé la SARL Light Cone Vidéo en 1994, devenu Re:Voir en 1998, pour l’édition de cassettes vidéo de films expérimentaux historiques et contemporains. Pip Chodorov a reçu le prix de l’Anthology Film Archives à New York pour la préservation des films en mars 2003. Ses films, qui varient de l’animation – et notamment l’animation des photographies – au journal filmé, se caractérisent par une certaine joie de vivre ou sens de l’humour, couplé avec l’idée d’éveil de la conscience de soi, plutôt que par des soucis structurels, lyriques ou de l’imaginaire.

Dans Free Radicals (2012), il interroge la notion de cinéma « expérimental ». Avec malice, humour et poésie, il invite ses amis cinéastes – Hans Richter, Peter Kubelka, Ken Jacobs, Jonas Mekas, Maurice Lemaître, Stan Brakhage et bien d’autres – à évoquer leur travail, et retrace cent ans d’histoire de l’avant-garde tout en évoquant son rapport personnel à cet art, à ces films et images ayant forgé son existence.

PONTIFICALL BEUYS

Pontificall Beuys, Espace Poule Emploi Cui Cui, 2013, photo Nadège Murez

Légers, lourds, volatils, adeptes du ridicule, les Pontificall Beuys plantent leurs plumes et leurs plumeaux dans tous les cul(te)s : à commencer par les leurs, ceux de l’art, du rock, du rap, des religions et sur les punctum d’une société capitaliste en perdition en s’attaquant notamment à la problématique du chômage européen et à sa médiatisation. Elles mixeront dans leur performance Espace Poule Emploi Cui Cui, les mythologies fluxusiennes, Beuysiennes avec la rock attidude, le rap hypermachiste et la problématique désespérée du chômage.

11 LOUDER

11 Louder

Créé en 2010 sur les cendres de Dirty Bastards on Speed, 11 Louder cherche un temps son bassiste jusqu’au moment où, à l’occasion d’une énième beuverie ils rencontrent Adrien dit « The Stain », tripoteur de 4 cordes, de bouteilles, et de gentes demoiselles à l’occasion. Dès lors, tout s’accélère. De répètes en concerts, ils enregistrent une première démo (Loud & Fast), afin de pouvoir présenter un support physique… En 2012, après des dizaines de concerts et une tournée en Grèce, le groupe accouche de Loud, Loud, Loud…What ? leur premier EP. « Tu vois mon ampli il va jusqu’à 11 – Oui, mais pourquoi on n’a pas mis le 10 plus fort ? – Le mien il va jusqu’à 11 ». Cette réplique culte du film de Rob Reiner « Spinal Tap » résume parfaitement l’état d’esprit d’11 Louder. À un moment où le pop-rock radiophonique à jean slim inonde la bande fm, le groupe s’inscrit dans un courant résolument Rock’n’roll.

GHOTUL

Ghotul

Faisant le pari d’une musique totalement improvisée, libérée et aventureuse, Yoann Piovoso, Olivier Dumont et Benoit Kilian forment GHOTUL, trio protéiforme qui conjugue expérimentations sonores et phases instrumentales. Chaque musicien situe d’abord l’origine de son travail sur le son, sa matière, sa puissance et son épaisseur. De là naissent mélodies, nappes bruitistes et rythmiques assassines. Anarchisme musical maîtrisé, le groupe mange à tous les râteliers et trouve le moyen d’en être fier, quitte à désorienter son auditoire, et à bien lui faire comprendre que le larsen, comme l’imprévu, est au coin de la rue. Entité tricéphale aux multiples ramifications, Ghotul s’affranchit résolument des barrières musicales traditionnelles, et tente de proposer une musique forte, libertaire et innovante.

ELVIS PRESS PLAY

Elvis Press Play

Elvis PressPlay, rutilant comme un Wurlitzer en sortie de fabrique, sait tout du rock’n’roll à papa ; enfin, c’est lui qui le dit…On nous raconte ici qu’il danse le Jitterbug mieux que le fantôme de Jittery Jack lui-même ; on nous dit ailleurs qu’il collectionne les peignes ayant appartenu à Buddy Holly, qu’il a échangé son âme avec le diable en échange de la petite culotte de Wanda Jackson, et même qu’il a réalisé des répliques miniatures de Graceland et du Grand Ole Opry à l’aide de croûtes de fromage et de miettes de pain rassi…Où se trouve la vérité ? Où commence le mythe ? Ce qui est sûr, c’est qu’il ne fait prendre l’air à ses 45 tours qu’une seule fois par an lors d’un selector endiablé au déhanché graisseux et au groove salace…Il faut dire que ces pépites microsillonées sont enfermées avec les dernières mèches du King (gagnées un soir au poker contre Alan Vega), une poignée de rognures d’ongles du pied droit de Mick Jagger (authentifiées par Jean-Luc Godard himself), et la casquette de Judah Bauer, bien au chaud dans un coffre-fort planqué quelque part entre Mâcheville (Ardèche) et Saint-Prosper-De-Dorchester (Beauce), le tout surveillé huit jours par semaine, 24h sur 24, par le sosie du Big Bopper. Une fois par an. Seulement une fois par an. Et cette année, ça tombe un dimanche : si ça c’est pas un signe que le dieu du Rock existe, alors je sais pas ce que c’est !